Etat d’esprit

L’angoisse.

Cette émotion majuscule qui s’inscrit sans faire grand cas de ce qui l’entoure dans la page, Ce ressac noir et pâteux qui imprègne chaque grain du château, Cette prophétie opaque qui s’invoque elle-même lorsque la lumière a arrêté d’éclairer.

Ce spectateur solitaire qui regarde subrepticement placer l’esprit dans un écran entre le monde et lui, épuiser ses automatismes jusqu’à ce que l’huile suinte des rouages, tisser des oreillers pour étouffer les cris que ceux qu’il a enfermés poussent à l’infini.

C’est l’usure d’être soi-même, l’embarras de son propre poison, qui cimente des fondations fuyantes ; le spectre débonnaire, aux ballons gonflés, arboré d’un rictus aiguisé, que l’on retrouve voguant au pied du ponton, les poumons plein d’eau à attendre le prochain qui glissera.

La chambre de lave, qui se mêle au mercure en oxydant les capteurs, descelle la chape posée sur la faille ; fiez-vous à la vapeur suave qui s’échappe de la soupape, quand il s’agit de plâtre fétide qui s’écoule.

Elle a cette misère loquace, ces doigts propres aux ongles sales, cet arlequin fou aux losanges bleus dont les baisers plantent à rebours des fissures dans les souvenirs, elle dénoue les amarres et calque sur une mare translucide, les préludes d’un océan furieux.

Cet avenir qu’elle meurt de ne pas connaître, qu’elle tente de lire dans tous les signes, sabotant ce qui en puissance dort encore dans la graine. C’est que perdue sur les cadrans de l’horloge à confondre aiguilles et épées suspendues, elle décapite, éviscère, et régurgite un futur qu’elle broie dans ses sucs de solitude, de misère, de détresse et d’abandon.

 

Ceci étant dit, existe un endroit où elle s’estompe. Propre à chacun. Elle y jette un œil, et elle le perd. Elle y plonge une main, et y fond. Chacun possède ce sanctuaire. Ce refuge où les crocs mordent, sans provoquer de douleur. Ce berceau où les sensations se laissent étirer, dans ce cocon d’inoffensives guimauves.

D’alors, les rubans de notre identité, portés par les danses qui nous constituent, sur les planchers posés à même la terre au rythme des lampions qui s’élèvent aux voûtes. Elle esquisse les sens, lifte les moments en bouteille, en chansons portées sur la table.

L’encre sèche lorsqu’il s’agit de paix, elle emprunte alors à l’argile et à la buée, à la neige et à la platine ; pour que l’ogre devienne créature, et que la créature devienne légende. Suivre le fil du pendule dans ce labyrinthe vertical pour relier plus vaillamment les pages perdues sur les pavés du passé, et accueillir le jour comme il s’élève.

Sans parler de cette coquetterie virevoltante, ce luxe de premier secours, ce baume d’amidon sur neurones froissés que le rire que l’on débride, et qui ne demande que ça. La dérision d’une coque de noix dans le bazar de ce que nous sommes, que l’on range pour ne rien dénicher, pour retrouver face au mur ce qui est devant nos yeux, l’étoffe de dentelle posée sur nos paupières, en marié des choix que l’on prend. Que l’on assume.

Suivre l’aile et les pétales qui s’irisent, porter son alliance, qu’elle soit là, qu’on le sache, que l’on grandisse avec. Il ne s’agit pas d’être plus fort sur le front du combat, mais de porter sur le front la marque de celui qui a déjà vécu tout cela.

Le Graal de toute une vie, l’équilibre de toutes les forces, le poème de chaleur suave, le foyer aux reflets nacrés. Le drapeau blanc planté au cœur sur le pardon que l’on s’accorde, la clémence que l’on s’octroie et le souffle, ce souffle sur l’émotion minuscule qui vacille lorsque l’on y pense.

La sérénité.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s