Au seuil d’une nouvelle saison

D’abord, ce que ce billet n’est pas.

Il ne racontera pas l’histoire d’une patiente ou d’un patient particulier que j’aurais croisé. Il ne va pas non plus donner d’opinion. Oh, il y avait bien des récits avant de partir, celle d’un conflit entre deux familles issues du même homme, qui se déchiraient pour avoir le droit de venir le voir, alors même qu’elles se ressemblaient à s’y méprendre, si ce n’était la blondeur d’un côté et la rousseur de l’autre. L’histoire de cette patiente aussi rongée par une lymphangite carcinomateuse, persuadée d’être ensorcelée, qui refusait tout traitement antalgique malgré de monstrueuses souffrances, la douleur étant son seul salut. Ou ce père qui voulait emporter son fils mourant dans un autre hôpital, parce qu’on était en train de le tuer, ce père qui voulait que tout s’arrête, qu’on le sauve, qu’il ne souffre pas, que tout redevienne comme avant. Je n’ai pas pris le temps de raconter ces histoires, je ne l’ai pas fait non plus parce qu’elles sont si singulières qu’elles pourraient être facilement reconnues. Le but n’est pas de trahir la vie de ces gens qui nous ont autorisé à entrer chez eux, mais bien de montrer que sur le sujet de la fin, rien n’est simple. S’il existe un patient « lambda » dans les autres champs médicaux – ne jetez pas de pierre, j’appelle « lambda » un patient pour lequel l’enjeu ne concerne pas la continuité même de sa vie – aucun patient ne devrait être « lambda » en unité. Ou alors, il faut changer de boulot.

Ce billet est là tout d’abord pour dire merci, merci d’être venu ici au cours de l’année écoulée, et d’avoir pris le temps de lire ce que j’avais envie de partager. En accord ou non avec vos propres idées, ces quelques textes m’ont permis de réfléchir sur ces thèmes qui traversent ma profession, et de tenter de montrer ce que sont les soins palliatifs, la médecine palliative, de l’intérieur. Loin des épouvantails et des idées reçues, loin des dogmatismes – du moins pas ceux qu’on nous sert en permanence à ce sujet, loin aussi du niveau auxquels les professionnels de soins palliatifs s’astreignent de manière générale, souhaitant éviter de vulgariser un sujet qui ne peut l’être sans fatalement sacrifier un certain niveau de réflexion. A ne professer qu’aux hautes sphères, ils en deviennent inaudibles et desservent leurs propres assises. S’il y a bien une bataille sur lequel je nous trouve particulièrement mauvais, c’est bien celui de la communication. Il nous faut sans doute accorder quelques concessions. Peu importe.

J’en profite aussi pour saluer les twittos, ceux que j’ai rencontré pendant l’année, de belles rencontres, peu de psychopathes (quelques uns quand même), et ceux que je rencontrerai très vite, à mon retour. Ceux qui tiennent en haleine par leurs histoires de folie, ou de vie ordinaire, ceux qui dénoncent et se révoltent, ceux qui s’accablent, qui se remettent en question, qui pansent leurs plaies, qui s’interrogent, ceux qui construisent, qui voient l’avenir, qui tentent de bâtir un monde meilleur, et tous les autres. C’est fou à quel point on arrive à partager en 140 caractères, et quelques liens vers le monde des blogs.

Pas de cliffhanger à proposer entre la première et la deuxième saison de ce blog timide, mais l’utilisation d’un artifice facile : l’exotisme. Les soins palliatifs d’un autre pays. Bientôt le départ! De cet ailleurs, je continuerai à écrire aussi souvent que possible pour vous raconter ce que sont les soins palliatifs dans un monde que l’on dit en voie de développement, le pays des Durians. Quelques spoilers?

Là bas, la médecine de base s’installe doucement; j’ai toujours vu le soin palliatif comme la cerise sur le gâteau de notre système de santé – compte tenu du prix que cela coûte – disons que le pays dans lequel je vais n’est pas encore très fort en dessert. Ici, l’arsenal thérapeutique se déploie sous plusieurs molécules et formes galéniques, là bas, on bricole un peu. La notion occidentale de personne n’est pas non plus tout à fait identique. Au pays des Durians, on se réincarne, on revient sur Terre, et ça, ça change évidemment la signification de la fin.

Je n’en sais pas beaucoup plus, il va falloir tout réapprendre.

Le décollage approche, j’emporte ce blog avec moi, et les lecteurs qui resteront à bord. Attachez vos ceintures, et surtout ne fermez pas les yeux, nous arrivons bientôt dans un nouvel univers.

5 réflexions au sujet de « Au seuil d’une nouvelle saison »

  1. Hâte hâte hâte !
    J’ai adoré la saison 1, j’attends avec impatience la saison 2… j’ai une petite idée du pays des Durians, j’en ai l’eau à la bouche…

  2. Ouf, vu la teneur du texte j’ai eu peur que vous ne nous annonciez la fin de ce blog, je me suis fait le cliffhanger toute seule! Du coup je suis d’autant plus contente de l’annonce de la « saison deux » je vais rester dans le coin!

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s